La tribu des cyclistes

Dimanche 4 novembre
Gien-Nevers (100km)


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La dimension spatiale de la route, avec la pression d'une gestion quotidienne et immédiate à court terme, détrône presque complètement les autres références temporelles. Or aujourd'hui c'est dimanche et le 4 novembre, anniversaire de notre fils Yann, le webmestre de ce blogue. Double fête dont la conjonction est nécessaire pour que les nécessités du trajet n'estompent pas tout le reste. Bonne fête Yann. J'arrache, pour les lui transmettre, les pages du magazine Carrière, concernant des formations recommandées pour quadras prometteurs! La longueur de l'étape me met en tête une référence rassurante: « Qu'il ne laisse pas broncher ton pied » (Ps.120v.3)

Pendant le petit-déjeuner toujours solitaire, passe Arnaud P., un jeune moniteur de la filière Forêt. Cette filière a beaucoup de débouchés possibles, mais peu de candidats. Pénibilités du métier insuffisamment rénuméré, divisions du milieu. Il me rappelle Jean G. qui a fait une thèse sur le sujet.

Comme l'étape d'aujourd'hui est la plus longue encore jamais faite (100km) et que je suis seul, je décide de rester sur la départementale D951, malgré l'attraction de quelques écriteaux annonçant la piste Val de Loire. Mais cette piste se réduit encore souvent à quelques tronçons communaux difficiles à trouver et s'achevant quand on commence à les apprécier.

Bien m'en a pris, car le dimanche matin est le moment idéal pour rencontrer le maximum de spécimen de la tribu des cyclistes, dans sa variété déjà bien bigarrée.
  • D'abord les professionnels, les vrais ou ceux qui se prennent pour tels. C'est la demi-journée de la semaine où ils sortent en force. Ce sont les plus voyants. Ils vont en peloton serré multicolore avec toute la gamme des couleurs de l'arc-en-ciel affichée sur le torse, le bassin et les cuisses. Ce sont les adeptes du dieu de la route, les consacrés du culte de la performance. Vous voir serait une distraction coupable, faisant baisser la moyenne sacrée. Que dire de vous saluer, lâchant, en plus, une main du guidon! Un seul ose parfois lever les yeux et répondre à un salut, à l'insu de tous: le dernier !
  • Ensuite apparaissent les cyclistes du dimanche qui osent encore aller sur les routes, à leurs risques et périls. Ils sont moins nombreux: seul ou à deux. Plus discrets et moins bariolés, même si une touche de couleur les égaie. Ils ne sacrifient pas tout à la route, ou plutôt au vélo. Ce dernier ne les a pas complètement submergés, instrumentalisés. Ils sont encore ouverts et attentifs à l'environnement, au paysage et aux personnes croisées. Donc ils vous saluent. Avec un sourire de connivence qui énergise et encourage.
  • De temps en temps surgissent, à la croisée de chemins, des représentants d'un troisième spécimen de cyclistes: le VTTiste haletant et crotté à souhait. Mais pas pour longtemps, pour un court tronçon. De toute évidence, la route est jugée trop plate pour être intéressante. Le Vttiste disparaît au premier chemin de traverse. J'en ai rencontré deux qui ont consenti à relâcher leur chevauchée pour m'indiquer la voie. Un des deux, d'ailleurs, montait un vélo d'acrobatie introduisant une variante en développement.
  • La première race, celle des cyclistes fonctionnels, a pratiquement disparu dans la nature. Ils utilisaient simplement le vélo comme moyen de locomotion habituel. Cette race commence à resurgir dans les villes qui visent à devenir des vélos-cités. À l'approche d'agglomérations un peu plus importantes, j'ai quand même rencontré deux survivants de cette espèce en mutation. Pas des écolos précurseurs. Mais au contraire des sous-prolétaires ruraux pour qui un vélo emprunté représente un ultime moyen de secours pour étendre un peu une mobilité réduite à la marche. L'un d'eux est tombé. Sa selle était chambranlante. Pour la resserrer, j'ai découvert les multiples possibilités d'un outil multifonctionnel, nouveau pour moi. Sébastien, mon conseiller technique, l'avait introduit dans ma trousse de dépannage. Merci Sébastien. J'étais très fier de moi.
  • Je n’ai pas rencontré de randonneurs comme moi, harnachés avec de multiples sacoches. Mais pour cette catégorie minoritaire, je suis hors saison. On doit faire figure de bœufs de labour, de tacherons ou de forçats de la route. En automne, je suis donc une exception étrange, originale, un peu extra-terrestre. Je suscite des regards étonnés, amusés, encourageants ou réprobateurs selon le degré d'ouverture à l'inconnu et à l'insolite du regardant. Une présence de mon espèce interroge donc. Elle catalyse des dispositions de fond entre ouverture et fermeture, familier et étranger, local et non local.

Une autre centrale nucléaire —une chaque jour— me rappelle que la Loire n'est pas seulement le dernier fleuve sauvage de France. Après Saint-Laurent-des-Eaux, Dampierre-en-Burly, c'est Belleville ou Neuvy aujourd'hui. Je devrai attendre longtemps pour voir les premières éoliennes près du Rhône. Heureusement, des avis plus poétiques à l'approche d'écoles viennent adoucir la route. « Pensez à nous, roulez tout doux ». Oui je pense à vous Gabrielle, Camille et Marie-Jeanne et vous adoucissez ma route.

J'arrive à Nevers par le pont Fourchambeau et juste devant un écriteau pointant « espace Bernadette ». Ce sera ma première visite en remerciement d'une autre visite, faite en stop, voilà plus de 35 ans. Je ne peux m'empêcher de penser que cette Bernadette Soubirous a quelque chose à voir avec ma rencontre de Françoise à Lourdes quelques années plus tard. Bernadette a vu l'archétype de la beauté féminine. Elle m'a aidé et m'aide à la découvrir. En même temps, cette Beauté m'apprend à aimer même ce qui n'est pas aimable, la face noire de la vie.

Après un jeu de piste dans Nevers et Coulanges, j'arrive avec soulagement chez Geneviève et Michel. Françoise est là avec du linge de rechange. Repas avec Geneviève et Alain G. Geneviève G. arrive de Jérusalem. Et les deux connaissent très bien un de mes anciens collègues, Jean H.. J'ai la joie de l'avoir au téléphone. Il m'apprend que leur journal Témoin est maintenant sur internet.

Grâce à la généreuse hospitalité de Geneviève, Nevers offre un repos bienvenu de deux jours. Repos nécessaire après ces quatre premiers jours test de vélo. Nous en profitons pour aller en voiture à Clermont-Ferrand voir des amis très chers.

Pour continuer sur les bords de la Loire du 1er au 9 novembre...

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